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Horaire des classes: les raisons du retour à l’ancien système

1 février 2009, 20:00

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Horaire des classes: les raisons du retour à l’ancien système

Le concert des voix contrariées des collégiens, des enseignants et des opérateurs d’autobus ont fini par acculer le gouvernement. L’horaire des classes revient à l’ancien système.

Depuis le dernier Pay Research Bureau (PRB), les cours dans les collèges étaient supposés se terminer à 15 au lieu de 14h20/14h30. Durant le dernier trimestre l’année dernière, les enseignants étaient soumis à ce régime. Ils s’ennuyaient mais ils étaient bien contraints de rester à l’école jusqu’à l’heure. Le même régime allait être imposé aux élèves à la rentrée 2009.

Trois semaines après, suite au tollé des opérateurs d’autobus et surtout des manifestations publiques des collégiens, le gouvernement a dû revenir sur sa décision. Comment expliquer ce retour en arrière?

«L’île Maurice est un des seuls pays où l’école finit aussi tôt. Au lycée, par exemple, les cours prennent fin à 16h», affirme Gilberte Chung, directrice du Bureau d’Education Catholique (BEC). Il n’y a pas que du mauvais dans la décision du gouvernement. «Le gouvernement a pris une sage décision parce que le problème de transport était réel. Mais je trouve bien que le ministre maintienne les activités extrascolaires à l’intérieur du programme scolaire», poursuit-elle. Elle soutient que dans les collèges du BEC, de telles activités ont toujours été au programme mais pense qu’au fur et à mesure, les collèges d’Etat s’organiseront, via «la formation et le recrutement de professeurs spécialisés pour l’enseignement du théâtre, de la musique et de la danse».

«D’abord, je tiens à faire ressortir qu’on ne peut pas mettre la décision d’étendre les heures des classes sur le dos du PRB. C’est le ministère de l’Education qui est intervenu en ce sens. C’est son droit. Mais son problème relève du fait qu’il n’y a ni planification ni prévoyance. Aujourd’hui, c’est le ministre Bunwaree qui doit porter le fardeau de l’ancien ministre de l’Education, Dharam Gokhool», explique Surendra Bissoondoyal, ancien directeur du Mauritius Education Syndicate. Il constate, dans le même souffle, que le gouvernement n’a pas prévu les effets collatéraux de la mesure prise l’année dernière.

Pour lui, les deux principales raisons pour lesquelles le gouvernement a dû faire marche arrière sont les questions de transport scolaire et de leçons particulières. C’est un constat qui est partagé par de nombreux observateurs et acteurs du secteur.

Les leçons particulières sont-elles donc incontournables? «C’est parce que nous avons un système ultra-sélectif que les leçons particulières sont là. Désormais, elles sont quasiment institutionnalisées. On avait commencé à minimiser les effets néfastes de notre système éducatif avec l’introduction des collèges nationaux et l’abolition du principe du classement (ranking). Mais le gouvernement est revenu sur ces décisions», explique Surendra Bissoondoyal.

Au quotidien de nos collèges, tout changement implique des réajustements. C’est ce qui explique les difficultés de toute réforme de l’éducation nationale. Ainsi le retour à l’ancien horaire, explique Hafeeza Nabheebucus, rectrice au Collège Royal de Curepipe (RCC), est une bonne chose pour le personnel enseignant et collégien mais aussi dans l’organisation générale du système. «Nous ne perdons pas de de temps d’enseignement Même si nous gardons les activités extra-curriculaires», déclare-t-elle. Et d’ajouter qu’en dépit du fait qu’ils perdent «cinq minutes de six classes quotidiennes, il y aura les 10 jours de rattrapage après le deuxième et le troisième trimestre pour compenser».

Enseignants et collégiens sont ravis d’être dispensés des 30 minutes qui leur avaient été imposées depuis la rentrée scolaire. Ce qui ravit les élèves davantage, c’est le fait de pouvoir se rendre aux leçons particulières, sans être totalement saturés après les cours au collège. Et sans rentrer trop tard chez eux par la suite.

«Les leçons particulières sont la gangrène de notre système éducatif. Je suis totalement contre», s’insurge pourtant la rectrice du RCC. «Ce sont les leçons particulières qui causent  l’absentéisme. Les élèves pensent qu’ils peuvent compter que sur ces leçons» poursuit-elle. Hafeeza Nabheebucus a, pour sa part, décidé qu’à partir de cette année, elle ne signera plus les «formulaires de compétition» des collégiens du RCC qui désirent concourir pour le State of Mauritius Scholarship en fin de cycle mais qui ont des absences inexpliquées.

Gilberte Chung est elle aussi contre les leçons particulières. «Si tous les professeurs enseignaient correctement, les élèves n’en auraient pas besoin. Certains élèves pensent aussi qu’ils sont perdants s’ils n’en prennent pas. Des parents se sacrifient alors que d’autres n’ont pas les moyens de payer ces leçons à leurs enfants», dit-elle.  Toutefois, elle admet qu’il y a des «success stories» parmi ceux qui ne prennent pas de cours particuliers.

Ce qui traduit une impasse difficile à surmonter…


(Photo:Beekash Roopun)

 

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